L'arrivée de cet appareil qui utilisait une seule face d'une cassette afin d'enregistrer séparément sur les quatre pistes disponibles de la dite cassette a révolutionné le monde de l'enregistrement maison, permettant à des milliers de musiciens d'y faire des démos à la maison de façon artisanale. C'est sur un de ces appareils que Bruce Springsteen a enregistré Nebraska.
Bel accident de parcours. Au départ, The Boss a fait des démos de bases chez lui pour un nouvel album, après le très grand succès du disque précédent, The River. Sur les enregistrements démos, enregistrés sur un Portastudio, il joue tous les instruments: guitare, harmonica, mandoline, percussions en plus de chanter. Une fois ces enregistrements terminées, Bruce Springsteen s'est joint à son E Street Band afin d'effectuer les enregistrements studios de ces morceaux. Toutefois, l'ajout du groupe a enlevé le cachet des chansons: l'aspect roots et americana de ce disque. Le son Nebraska.
Ce qui fut mis sur le marché, c'est la version cassette, démo, quatre tracks. La cassette donne aux chansons le son approprié: intime, lo-fi, directe. Cet album se distingue complètement de la discographie de Bruce Springsteen que ce soit pour son enregistrement artisanale ou pour ses compositions sombres.
From the town of Lincoln Nebraska with a sawed off .410 on my lap, Through to the badlands of Wyoming I killed everything in my path
Le résultat est exceptionnel: on écoute ce que Bruce Springsteen a fait de plus pur, de plus sincère étant donné qu'indirectement, il fut réalisateur de ce disque. Le Boss, reconnu pour son talent de conteur, nous amène au coeur des États-Unis du 20e siècle à la fois dans sa ruralité ou dans les centres urbains comme sur Atlantic City. Bien que du côté technique cet album est moderne, les thèmes qu'il aborde, les personnages qui s'y retrouvent et la tonalité du disque me rappel les années 50. Nebraska, c'est les États-Unis dans tout ce qu'il y a de sombre, poétique, solitaire. On ne reconnaît plus le bien du mal à la fin de l'écoute de ce disque.
La performance de Nebraska aux palmarès n'est pas du tout représentative du disque précédent, The River, et encore moins de celle du disque à venir: Born in the U.S.A. . Bien évidemment, Nebraska est moins accessible que ces deux albums. C'est Atlantic City qui reçoit la meilleure position du côté des extraits: 10e au U.S. Billboard Top Tracks. Il n'y a pas eu de tournée de concerts à la suite de la parution du disque.
Les ventes et les positions au palmarès ne sont pas représentatifs de l'impact de cet album sur le milieu de la musique. Johnny Cash a repris des chansons de ce disque et Sean Penn s'est inspiré de la chanson Highway Patrol pour le scénario de son film The Indian Runner. On avance même que Nebraska est la référence et le précurseur de la vague de musique lo-fi. Je n'ai pas de misère à le croire.
Certains problèmes techniques auraient pu empêcher la sortie de ce disque sur vinyle. La conversion du format cassette maison, où le volume d'enregistrement n'est pas le même que dans un vrai studio, on a dû utiliser plusieurs technologies de pointes (à l'époque) afin d'assurer à la fois une qualité sonore mais aussi une fidélité aux démos d'origine.
Vidéoclip: Atlantic City